L’Europe, pour assumer le destin qu’elle se donne, devra avant tout être unie. Mais pour se hisser au premier plan, il lui faudra défendre ses valeurs aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Pour cela, l’Europe devra préserver la richesse de sa complexité car c’est elle qui lui donnera les clefs de son succès ; il s’agit donc de protéger cette diversité contre les forces qui veulent faire disparaître tout ce qui, en Europe, vient à différer d’un modèle théorique.
L’Europe doit être unie :
A l’Europe, il manque aujourd’hui une âme : les citoyens d’Europe ne se sentent pas assez citoyens européens. Cela vient peut être du fait que l'Europe a parfois été vécue comme antagoniste au sentiment national.
Tout comme un enfant se développe de manière harmonieuse en aimant son père et sa mère, nous sommes convaincus que l'Europe se construira lorsque l'on permettra aux citoyens de bien percevoir que l'amour de l'Europe n'altère en rien l'amour de leur pays. Il est essentiel de relancer l’Europe, notamment par la culture du sentiment d’appartenance à un même ensemble. La définition d’une identité européenne ne peut se faire qu’à travers et par le partage non seulement d’une même civilisation, d’intérêts réciproques et de convergences politiques portant sur l’essentiel, mais surtout de mêmes valeurs.
Parallèlement, il est nécessaire de permettre aux régions de renforcer leurs échanges afin d’améliorer leurs performances sur le plan économique, et de pouvoir ainsi amorcer dans une politique industrielle créatrice d’emplois essentiellement envisageable à l’échelle européenne.
Les valeurs fondatrices de l’Europe doivent être entretenues et diffusées :
L’Europe, pour parvenir à incarner un nouvel élan, devra vivre par ses valeurs. Les valeurs d’une culture ne peuvent subsister sans un système adéquat destiné à permettre leur diffusion et à assurer leur pérennité. Cet aspect est essentiel pour l’Europe : l’Europe en tant qu’Union Européenne est encore extrêmement récente, et étendre des valeurs communes à 25 pays pour faire exister un sentiment d’appartenance demande un véritable courage politique à long terme et des institutions adaptées ; de plus, les valeurs qu’il appartient à l’Europe de porter sont encore fragiles et soumises au feu d’autres visions du monde.
L’importance de l’enseignement :
Un système éducatif véritable doit accomplir deux tâches : contribuer à l’éducation proprement dite, et donner les savoirs nécessaires à la vie en société. Mais il contribue aussi à faire de chaque enfant qui lui est confié un citoyen responsable, c'est-à-dire l’amener à réfléchir par lui même en lui donnant accès aux savoirs que l’Histoire nous a légués et lui transmettre les valeurs qui sont au fondement de notre civilisation.
La formation du citoyen est un point essentiel de la fonction scolaire. Première institution sociale dans laquelle les enfants sont introduits, l’école a un rôle éminent dans leur formation civique. D’autre part, la culture est une des principales composantes de l’identité d’une nation, il nous faut donc la transmettre à tous les jeunes par l’école. Cette évidence est valable pour chaque pays d’Europe, mais il faut aussi envisager ce qui lie ces pays entre eux, et ce qui peut contribuer à faire émerger partout un sentiment d’appartenance à l’entité européenne. La tradition gréco-latine se recommande à nous, parce qu’elle appartient à un patrimoine qu’il convient de préserver, et parce que ce patrimoine appartient en commun à nos divers pays et contribue à les lier entre eux.
Le projet doit être exporté :
Pour réussir, le projet européen doit rayonner au niveau planétaire. Pour cela, il faut d’abord qu’il soit partagé par tous les pays membres de la Communauté européenne : c’est parce qu’ils seront convaincus de sa nécessité pour eux, pour les générations à venir, pour le bien-être de l’Homme que les citoyens des différents pays oeuvreront à sa diffusion.
La Communauté européenne dispose d’atouts uniques qui peuvent lui permettre d’assurer la diffusion de ses valeurs. L’Europe est la seule puissance mondiale à disposer de territoires sur tous les continents et dans tous les océans. Par cette universalité, l’Europe est la mieux placée pour appréhender les points de vues et intérêts de tous ces peuples qu’elle englobe et de ceux qui en sont proches.
Ses bases dans le monde entier lui permettent aussi une présence militaire globale, que ce soit lors d’une crise internationale ou d’une catastrophe naturelle. Les bases scientifiques, les zones économiques de pêche, sont elles aussi, des relais potentiels.
L’Europe dispose aussi par ses liens anciens, qu’ils soient culturels ou linguistiques, d’un accès privilégié à tous les pays de la Francophonie, du Commonwealth, d’Amérique du Sud, ou du Pacifique.
Enfin, la diaspora européenne, implantée sur l’ensemble de la planète, pourra utilement être mise à contribution.
La richesse unique de cette diversité est un vecteur irremplaçable de diffusion du projet européen.
Chaque citoyen doit se sentir concerné et se comporter en chevalier de la promotion de l’idéal européen. A ce moment là, cet idéal entrera en résonance avec les idéaux proches d’autres peuples et la contagion de l’humanisme s’opérera.
Le projet européen doit s’appuyer sur une dynamique à la fois économique et sociale :
Il n’est pas possible de déconnecter la qualité d’un système économique des conditions sociales qui y ont cours. C’est parce que l’Europe a très tôt compris l’importance d’un système de protection sociale efficace qu’elle a su assurer à son économie à la fois l’efficacité et l’humanité. Il est donc nécessaire de poursuivre dans cette voie, de défendre la qualité de ce système et de l’étendre à l’ensemble des pays adhérents à l’Union.
La Défense doit être proportionnelle à l'ambition du projet :
Pour assurer la viabilité de son objectif, l’Europe va devoir se doter d’une Défense proportionnelle à l’ambition du projet : dans un monde dominé par les rapports de force, l’Union Européenne ne peut jouer un rôle de leader et promouvoir son projet que si elle est en mesure d’assurer la défense de ses intérêts.
L’Europe doit disposer du pendant d’une ambition politique, à savoir une défense autonome. Les pays qui refuseraient de participer à la mise en place de cette défense autonome maintiendront l’Europe inféodée aux conceptions des grands de ce monde, conceptions dont on peut douter de leur adéquation avec une prise en compte optimale du long terme. Par ailleurs, la réalisation d’une défense européenne ne supprimera pas la nécessité de défenses nationales. Une articulation entre défense européenne et défenses nationales devra alors être trouvée, assurant leur complémentarité.




Finalement, les pays de l'UE sont parvenus à un accord qui leur permet de se remettre en marche, mais il s'agit plus d'un compromis en forme de compromission. Les frères Kaczynski ont obtenu la reconduite jusqu'en 2014 de la règle adoptée au traité de Nice : autant dire qu'il ne s'agit que de reculer pour essayer de sauter. Certes, Angela Merkel est parvenue à imposer un calendrier (ouverture de la conférence intergouvernementale au 23juillet prochain avec comme objectif l'entrée en vigueur du prochain traité en 2009). Mais l'exemple anglais montre à quel point l'on est loin de parvenir à construire une Europe puissance: Ce n'est pas l'Europe à deux vitesses qui vient d'être entérinée (car elle suppose une volonté positive), mais l'Europe des exceptions, à laquelle adhèrent de toute manière l'Angleterre depuis son entée dans l'Union. Tony Blair, sous la pression de sa majorité a exigé (et obtenu) de nouvelles dérogations, en particulier sur la charte des droits fondamentaux. Autant dire que l'on a là l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire pour construire un ensemble: chacun prend ce qui l'intéresse et refuse les devoirs qui accompagnent le cadeau. Cette démarche égoïste (qui caractérise en général les relations entre États) est bien loin de l'idéal de l'Europe tel que l'avait imaginée ses pères. C'est également un signal assez terne que l'on envoie au reste du monde: nos divisions ne sont pas comblées et il semblerait que l'Europe ne veuille, finalement, pas jouer dans la cour des grands et peser sur l'avenir.