Vendredi 21 septembre 2007
Les pays européens se sont construits depuis 200 ans sur le modèle de la Révolution Française, à savoir sur celui d'un État-nation.
Cette construction est évidemment un trompe-l'oeil, puisque la France d'alors était un agrégat disparate de diverses nations : picarde, flamande, bretonne, basque, alsacienne, poitevine, angevine...puis niçoise ou savoyarde. Il n'y avait pas plus d'unité dans cela que dans l'Italie ou l'Allemagne d'alors, si ce n'est une certaine zone culturelle et linguistique, et encore, bien faible parfois. On pensait que ce modèle de l'État-nation permettrait de mettre en place des États centralisés et puissants. Malheureusement, on s'aperçoit maintenant que les lignes de fractures anciennes n'ont pu être soudées que par la force (qu'elle soit symbolique ou non).
En effet, pour construire la France que l'on connaît, nos dirigeants d'alors ont décidé de faire table-rase du passé, taillant dans la masse pour faire surgir une entité mythique. C'est par leur hostilité souvent féroce aux exigences locales, par la dislocation des anciennes provinces en divers départements, voire diverses régions à la cohérence souvent discutable, par la lutte contre les particularismes et langues locaux, que s'est construite la France.
Or, dans un environnement démocratique, il est désormais presque impossible de perpétuer cette violence. L'ensemble des États européens sont donc aujourd'hui assaillis d'exigences locales centrifuges, là où la conscience d'une différence culturelle a subsisté.
En Grande-Bretagne, cette demande s'est vue récompensée en 1997, par la « dévolution » de Tony Blair. L'Écosse, en particulier, dispose même maintenant d'un parlement et d'un Premier Ministre. En Espagne, les «communautés autonomes» ne sont liées au pouvoir central que par des liens très lâches. En Allemagne, les Länder disposent d'une large autonomie, mais limitée à certains domaines, quoique la Saxe, la Thuringe, et surtout la Bavière, disposent du titre de Freistaat, avec des compétences élargies. En Italie, la ligue du Nord milite pour une autonomie de la Lombardie vis-à-vis des zones plus pauvres du sud.
On méconnaît en France le statut exact, pourtant très large, accordé à la Corse (laquelle dispose tout de même d'un parlement, et a failli se voir reconnaître l'existence d'un «peuple corse»!), mais il est difficile de ne pas savoir qu'il y existe toujours un mouvement indépendantiste. La récente loi sur la Nouvelle-Calédonie (fermant le droit de participer aux élections locales aux citoyens français non néo-calédoniens, mais présents sur l'île) est venue s'ajouter au référendum d'auto-détermination par lequel les kanakes ont coupé bien des liens avec la Métropole. On sait également que le terrorisme Basque a longtemps trouvé en France une base arrière pour ses attentats en Espagne, tandis que la Bretagne faisait sporadiquement parler d'elle à l'occasion d'un attentat meurtrier dans un restaurant de restauration rapide.
Tous ces mouvements ont une même origine : il s'agit d'une volonté de populations disposant souvent d'une culture affirmée, ayant résisté à l'acculturation par les États-nations dont elles faisaient partie, et souhaitant disposer d'une plus grande autonomie, voire d'une indépendance. En d'autres termes, face à un ensemble perçu comme différent, ces régions souhaitent s'affirmer comme nation. C'est-à-dire faire ce que l'on a autorisé à toutes les entités du bloc soviétique (et dont certains sont désormais d'ailleurs membres de l'Union), aux pays d'Afrique et d'Asie, et aux différentes régions de l'ex-Yougoslavie.
On notera pour ce dernier point, l'attitude coupable des gouvernants occidentaux, qui appuient la demande d'indépendance du Kosovo.
Ce mouvement de retour à la culture maternelle peut être ramené aux recherches généalogiques, retour aux racines, voire fondamentalisme religieux : il s'agit d'une construction de l'identité.
Or cette identité, parce qu'elle se construit «en contre», se réduit souvent au plus petit dénominateur commun. Il y a là un risque fort de balkanisation pour une Union Européenne dont les élargissements perpétuels ont créé une entité sans consistance culturelle réelle, favorisant par ricochet les mouvements séparatistes/autonomistes/régionalistes.
Il serait de bon aloi que nos politiques finissent par se saisir de cette problématique, et renforce enfin les symboles d'appartenance des citoyens de l'Union.